J'arrête demain

from Espoir Féroce by L'ENVOÛTANTE

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lyrics

Allez j’arrête demain,
de me demander à quelle tribu j'appartiens
ou de quel foutoir culturel je proviens.
J'arrête demain,
d'arpenter ces terrains pentus à la recherche
des pans de culture qui nous servent de liens
car dis-toi bien,
que tenter de remonter jusqu'aux crêtes,
les bassins versants qui ont irrigué
l’intérieur de nos têtes ne mène à rien.
Piètres éclaireurs que nous sommes,
combien vont s'enfoncer dans ces ravins sans fin ?
A moins, que pire encore,
on ne découvre un désert identitaire
capable de faire taire
les curieux de ma race les plus déter'.
Identité dans tes dents,
la banalité a pris les devants,
il reste que tchi, que dalle, du vide, du vent.
On se dit enfant du rock, enfant du hip-hop,
fils de l'époque, tu parles,
on a tous nos clones aux quatre coins du globe.
Le même drapeau ricain planté dans l'cul,
les mêmes vannes pourries pour les ploucs
qui soi-disant n'étaient pas dans l'coup.
C'est fou, on a cherché partout la chaleur du crew
avec médaillon zulu autour du coup
ou avec walou
et oui, la greffe a pris,
ok la branche donne des fruits
mais le tronc se pose des questions depuis.
Du genre « qui je suis ? », rebelle endurci?
ou un dindon de plus que l'impérialisme a farci ?
Ces questions : on pourrait y passer la nuit,
et encore, ce serait des vacances
à côté de ceux qui y passeront leur vie.
Oui j'arrête demain,
de saouler le clan familial afin
d'en éclairer les moindres recoins.
J'ai brandi l'origine paysanne comme un butin,
ben putain ! Qu'est-ce qu'on retient :
Beaucoup moins d'actes que de barratin.
Les anciens se seraient bien foutu d'la gueule
de mon jardin,
ou de la corne qui manque au creux des mains.
J'ai fait tout un foin avec mes racines,
mais j'arrête demain
parce que quand le doute revient,
je paye l'addition et j'fais moins le malin.
J'arrête demain,
de me débattre tous seul dans mon coin,
paumé aux confins de la gratitude et du dédain.
Je ne remercierai jamais assez
les guides qui ont ouvert le chemin,
j’emmerderai jamais assez
ceux qui ont vendu le truc en se croyant malin.
Aussi j'arrête demain,
cette boulimie culturelle sans frein
enfin ! Est-ce ainsi qu'on parvient à ses fins ?
Je vois un peuple mondialisé qui cherche en vain
la diversité des sources
qu'il a lui-même asséchée et restreinte.
Oui je crains, que fouiller
toutes ces zones commerciales ne serve point
à combler ma dalle et mes besoins d'humains,
puisque on y avale tant de films, de musique
et de bouquins qu'au final,
on n'en digère presque rien.
Luxueux paradoxe et stress de l'époque,
ces inondations provoquent
la sécheresse des récoltes.
Sûrement pas les plus à plaindre,
nous nos frigos sont pleins,
n'empêche ! Nos estomacs identitaires ont faim.
J'arrête demain, de tenter par tous les moyens
d'authentifier les filiations
de nos infinies définitions,
parce que oui, c'est un mythe, une fiction,
personne ne pourra plus cartographier
nos constellations trop complexes.
Personne ne sait
de quel métal nos mentals sont forgés ?
De quelle orgie d'étoiles,
de quels minerais sommes-nous faits ?
Qui ont engorgé nos ciels irradiés
et qui nous maintiennent dressés
sur nos deux pieds.
Depuis le cosmos me stimule, me pousse à jacter,
éclaire plus fort nos cartes d'identité voie lactée.
Mais t'as capté comment la vie nous tire
vers ces rationalités,
que même la poésie la plus impactante
ne saura pas impacter.
Allez j'arrête demain, gamberge et philosophie,
vu c'que ça induit en prises de notes,
en prises de tête, en prises de bec,
en crises de nerfs.
Alors on simplifie
car l'identité est plus complexe qu'elle en a l'air,
on fait des selfies, moi je veux un scanner.
Et ces réflexions à outrance me rendent fou,
les inextricables réseaux d'influence
me rendent flou.
Alors bien sur qu'on tient debout,
mais même à 39 piges,
il arrive que le vertige fasse trembler mes genoux.
Des fois je rêve d'une peau imperméable,
d'une limite claire et je n'ai que la porosité
de mes frontières cellulaires,
alors je me laisse envahir par le monde
et j'essaie de me détendre,
mais je vois bien que mon psoriasis
continue de s'étendre.
J'veux pouvoir me défendre,
mais sans créer de rupture,
garder le contact avec les purs et durs,
comme avec les pires ordures.
Tant pis pour l'armure,
je m'ouvre aux caresses et aux morsures
et je tiens la baraque de ma culture.

credits

from Espoir Féroce, released April 12, 2021

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